La Nationale Féminine de cette année était plutôt bien engagée. Déjà, le logeur n'avait pas annulé la réservation la veille. Je ne pouvais pas être en retard puisqu'on partait de chez mes parents. Et Lucia devait venir renforcer l'équipe pour assurer une montée toute en douceur, afin de nous épargner le voyage à Bordeaux l'année prochaine.
Mais l'équipe de Domloup et l'horloge sont toujours en froid, aussi le hasard mettra une tripotée de camions sur la route de Laura, et pour faire bonne mesure lui supprimera l'essence à la pompe. Nous pourrons ainsi partir avec notre habituelle demie-heure de retard, récompensée par une bonne cueillette de cerises en attendant. Pas de quoi nous encourager à être davantage à l'heure à l'avenir.

La route s'annonce plutôt tranquille, malgré la qualité discutable des toilettes à la turque de la première pause pipi. On s'arrêtera à Niort pour le déjeuner, où Karèle ne manquera pas de se faire reluquer par une quarantenaire probablement jalouse de son niveau d'échecs (ou de ses talons à kataclop). Nous arriverons quand même sans encombre, et même plus tôt que prévu (comme d'habitude, j'avais déjà prévu qu'on soit en retard à l'annonce de l'heure d'arrivée), au logement. Petit quartier tranquille, petite maison cosy, petit jardin mignon: au moins, on sera au calme pour préparer!
Lucia est sortie visiter la ville (pas les cimetières, Yamina n'est pas là), on prend donc le temps de faire les courses en attendant qu'elle rentre, après s'être enquérit de ses goûts. N'importe quel fromage, vraiment? Pourquoi pas du roquefort dans ce cas? Heureusement pour Lucia, Laura retiendra ma main.
La fatigue de la route commence à se faire sentir, puisqu'avant de partir je remet les clés dans la boîte à clés...avant d'avoir fermé la porte. Beaucoup moins pratique.
Bref, des courses et 130 balles de moins plus tard (c'est cher sa mère le carrefour city), nous sommes de retour au logement, juste à temps pour y accueillir Lucia! Quel timing! Une belle rencontre, une confirmation de non-roquefort, et quelques mots d'espagnol que vous ne trouverez pas dans le dictionnaire plus tard, on commence à préparer l'improbable repas du soir: quiche crevettes asperges. Croyez-le ou non, c'est vachement bon. Pas super facile à traduire, mais le niveau de français de notre nouvelle joueuse favorite simplifie grandement la chose.

Nous voilà repues, il est donc temps de se lancer dans le sujet principal: les échecs. Pas la préparation, évidemment, puisqu'on ne sait absolument pas qui on va jouer; mais déjà, la feuille de match. La cadence. Les horaires. Et bordel comment ça marche le Molter en fait? Le tout agrémenté de questions philosophiques qui, il faut bien l'avouer, s'avèrent autrement plus intéressantes que les appariements. Et puis, Laura va a fumar (phrase Espagnole la plus utilisée durant ce week-end), et on vamos a la cama.
La première ronde du samedi est à 15H; officiellement, pour laisser le temps aux équipes d'arriver; officieusement, pour bien faire chier ceux qui rentrent loin le dimanche soir. Peu importe, cette année, on a le logement jusqu'à Lundi grâce à Lucia! Ce samedi matin commence donc dans le cal...ah, non, Laura a cassé son briquet. C'est la panique: elle peut pas ir a fumar! Après de nombreuses tentatives de plus en plus alambiquées, il faut se résoudre à l'évidence: el cigarro va pas s'allumer tout seul. Et pour une fois, j'ai pas ramené ma collection de briquets (non je fume pas, mais c'est joli le feu ok?). Un petit détour au tabac le plus proche, de bon matin, ça vous tente? Le tabagiste aura au moins l'heur de plaire à Laura, qui le qualifiera de "visuellement sympathique". Bref, les unes ont leur chocolat chaud, les autres leur cigarillo, et Lucia découvre le beurre salé avec joie: que de bonne humeur pour entamer cette compétition. Ne nous éternisons pas sur les magnifiques coquillettes champignon-poulet du midi, et entrons de suite dans le coeur du sujet: les échecs.
Pour cette première partie, nous arriverons en avance (14h49), sur un parking où il reste tout juste une petite place pour nous, puis dans une salle qui n'attendais visiblement plus que nous pour les appariements. Les organisateurs nous pardonnent sans hésiter parce que, je cite "c'est normal, vous venez de loin". On ne les contredira pas.
Au premier échiquier, Lucia commence fort puisqu'elle tombe sur Camille DE SEROUX, de l'échiquier Agenais. Et Camille, pour faire simple, elle joue bien. 2137 la dame, on peut vraiment pas en vouloir à Lucia d'avoir perdu celle-là. Laura quant à elle fera face à Rebekka SCHUSTER, de Toulouse, une 1821 qu'elle enverra dans les roses par pure flibusterie (bonne chance pour la traduction Lucia). Karèle, Molter oblige, est la seule à avoir les blancs et se retrouve contre l'échiquier 4 de Medoc, on pourrait donc croire la partie facile...sauf que Medoc a aligné une grosse équipe cette année, que des 1900, rien que des 1900. La partie est donc ardue, et Karèle finit par craquer. Quant à moi, je me prend une non classée, comme c'est souvent le cas à l'échiquier 4. Elle joue pas mal, franchement, et je suis un peu désavantagée par le pion que je lui offre gentiment dans l'ouverture, mais elle ne pose pas franchement de problèmes, alors que je fais de mon mieux pour amener plein de complexité calculatoire comme je les aime. Je récupèrerais donc une position gagnante, que je jouerais pas franchement très bien, mais ça suffira puisqu'à son tour elle fera l'erreur de m'offrir une qualité. Pas du grand art, mais une seconde victoire.

Vient le moment très attendu du repas "commun" (comprenez, chaque équipe à sa table), qui s'avère cette année être de bonne qualité: petite entrée, puis canard confit qui s'enchaînent bien, service à table, le grand luxe. On attendra ensuite une bonne heure pour voir arriver un toast chèvre-miel, encore une belle découverte culinaire pour notre nouvelle amie, et enfin une assiette de fruits en dessert; retour dans nos pénates avec, en bonus, les appariements des deux prochains matchs! On va pouvoir se préparer!
Enfin, on...Karèle est en PLS sur le canapé, droguée au spasfon et autres joyeusetés, Lucia a des examens à préparer, Laura du travail, et moi...ben curieusement, ma future adversaire à 1470 elo n'a pas de partie dans la base. La suivante en a seulement 2, dont une française d'avance que je connais pas mal mais que je vais quand même réviser.

Le lendemain, ronde à 9H, on met le réveil aux aurores. Et on se lève tranquillement à 8H. Nouveau chocolat chaud, tartines de beurres et croquettes de sucre (comprenez céréales), et nous voilà parties. Cette fois encore, on est carrément à l'heure, puisqu'il est à peine 8h51 à notre arrivée. Pour cette seconde ronde,et Lucia doit cette fois affronter Levanah ALCANTARA, une jeune plutôt très douée qui saura tirer son épingle du jeu, tandis que Laura roule tranquillement sur Ombeline GUILLAUME qui, après avoir déroulé tempo son ouverture, ne fait pas grand chose de sa partie. Laura obtient donc une position avantageuse, après avoir comme d'habitude ingéré sa pendule, mais décide de faire un bel hommage à la maxime "le mieux est l'ennemi du bien". Karèle joue également contre les herbiers et devra se contenter d'une nulle dans une partie qui aura été bien serrée jusqu'à la finale de pion et le coup de gain raté. Bordeaux a réussi à convaincre une 1470 de venir souffrir au quatrième échiquier, pas vraiment de mérite à gagner pour ma part. Nous voilà bien mal parties pour la montée: Agen et Medoc sont passées loin devant.
Le repas du midi est encore offert par les organisateurs, petit buffet froid pas incroyable mais qui nous évite d'avoir à rentrer cuisiner pendant le court laps de temps qui nous sépare de la partie suivante. Un peu de déprime, Karèle reprend sa drogue ("C'est d'la bonne", me dira-t-elle, et voilà qu'on se fait encore regarder bizarrement par les autres joueuses, elles devraient avoir l'habitude pourtant).
Dernière ronde, il est temps de redorer notre blason. Lucia ne sera finalement pas venue pour rien, parce qu'en plus de sa bonne humeur et de quelques mots espagnols, elle nous apporte une victoire contre Limoges. Laura a plus de mal contre Medoc, mais se battra jusqu'au bout (littéralement, puisqu'on finira à plus de 18h) avant de céder la partie en respectant toujours la même maxime. Karèle mène littéralement le jeu contre une Toulousaine, avançant son armée de pions vers une victoire certaine, mais son adversaire préfèrera finalement lui donner une tour avant, enfin, d'abandonner. Je me retrouve face à Camille MAURIC-DALMAU, 1607, d'Agen, et j'attends avec impatience une partie intéressante avec une française d'avance. Pour me prendre finalement une française d'échange, le truc le plus chiant du monde, dans lequel mon adversaire décide de me donner un pion isolé sur lequel taper et de ne surtout pas développer son cavalier; les tours non liées me donnent tellement d'opportunités que je finis par gagner sans grande difficulté, même en ratant un mat en 3 malgré un calcul insistant de 10 minutes.
Et c'est déjà la fin. Trois rondes ont suffit à sceller notre destin, le pire résultat qui soit: Médoc finit premier, grâce à ma victoire contre Agen et à la défaite de Laura à la dernière ronde, on est bien contentes pour elles mais ça veut dire que l'an prochain, elles seront pas là :'(
Agen maintient sa deuxième position, et nous nous retrouvons donc troisièmes. On a quand même droit à une coupe et des médailles, et une photo de fin qui - à ce jour - n'est toujours postée nulle part. Malgré la très grande efficacité de l'équipe d'orga pour la remise des pris, il est déjà près de 18H30, il faut encore manger, ranger le logement et rentrer, alors l'ineffable véritée nous apparaît: on ne pourra pas rentrer ce soir. On a le logement jusqu'à demain, cette fois, alors on décide d'en profiter pour se reposer, et essayer d'éviter la déprime. Dans ce but, certaines d'entre nous que nous ne citerons pas (je vous laisse deviner) auront besoin d'un allié de poids: la bière. Alors, direction l'un des seuls magasins encore ouvert ce dimanche: Auchan.
Croyez-le, croyez-le pas, tous les rayons alcool du magasin sont bâchés. Pas de vente d'alcool le dimanche après-midi, est-il écrit. Qui, que, quoi, pourquoi? Et bien pour votre culture messieurs-dames, il s'avère que deux possibilités sont envisageables:
1- Le maire a prit un arrêté interdisant la vente d'alcool le dimanche aprem pour éviter les débordements (zarb, mais c'est autorisé, et raccord avec le match de rugby France-Angleterre qui est en train de se jouer)
2- Le magasin n'utilise que des caisses automatiques le dimanche aprem, faute de personnel; il n'y a pas de personnel disponible pour vérifier l'âge des acheteurs, et donc ils ne vendent pas d'alcool.

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle bien morose affecte encore plus le moral du groupe, plaçant certaines personnes dans un état proche de l'asthénie (par souci d'équité envers Lucia, je vous mets aussi un mot à chercher
). Alors, après quelques recherches, je découvre que nous sommes touchées par le cas numéro 2, et qu'il existe un gentil petit magasin Coccinnelle qui dispose encore d'un employé physique bien réel et de rayons bien chargés d'alcools et de sucreries (et uniquement de ça d'ailleurs). Ni une ni deux, on est reparties.

Enfin sauvées du manque, on se retrouve à l'appart pour lancer le repas du soir: des croques-monsieurs. On se partage nos plus belles parties pour se remonter le moral, on boit (on s'en fou on conduit pas), on essaye 350fois de rejouer "la lettre à Elise" au piano, et on apprends à Laura à jouer au Uno. Enfin, à deux versions du Uno: la vraie, avec les règles fournies dans la boîte, et la version des tarés qui additionnent les +2 et +4 à l'envie et peuvent jouer plusieurs cartes d'un coup. Lucia, partisanne de la version tarée, gagnera la version normale; tandis que Laura nous détruira sur la seconde qu'elle qualifiera de totalement absurde. C'est pas moi qui vais la contredire.

Après toutes ces péripéties, il faut aller se coucher. Le but étant de pas se lever trop tard demain, faut encore recharger la voiture avant de partir et plus tôt on part, plus tôt on arrive, tout ça tout ça, donc bonne nuit et....oh! un bilboquet!

Quelques parties de bilboquet plus tard, nous voilà enfin couchées, prêtes à se lever aux auro...à 9H. Bon, petit-dej, rangement, ménage, efficacité: 10H30, les adieux à Lucia, et nous voilà parties. Pour une petite demie-heure de route, suivie d'une petite demie-heure de recharge. Le vélo nous occupera un peu, mais j'avoue on se fait quand même chier. La seconde aire de recharge, une heure plus tard, ne propose que 4 bornes, toutes prises. Après une petite attente et une vérification, on repart vers la suivante, pour une mini-recharge de 5min. Le but: arriver à l'aire de Niort, et faire la grosse recharge en mangeant, pour gagner du temps. But atteint! L'aire est bondée, un lundi férié à 13H, wtf?? On se dirige vers le seul stand de bouffe qui nous intéresse, et qui a en plus l'avantage d'être vide, faute de vendeurs: le stand pizzas! Il s'avère être conjoint au stand sandwichs d'à-côté, une vendeuse viendra donc aimablement nous proposer de nous sustenter, pour notre plus grand bonheur. Bam, trois montagnardes, on a faim ok! D'après Sonia (notre vendeuse, oui on en est déjà aux prénoms, c'est beau la sociabilisation) l'affluence est plutôt normale. On ira se réfugier à l'extérieur, le plus loin possible des gens, malgré les nuages menaçants. Petite étude comportementale sur les oiseaux, parce que l'un d'eux rapporte de la bouffe à sa donzelle, qui piaille dès qu'elle a le bec vide, et accepte même de la bouffe d'autre partenaire, la sal...souillon!
La voiture est bien rechargée, et on repart pour les dernières heures de route, sous le soleil et dans le calme.

Bien arrivées dans mon petit bled paumé, petite pause bien méritée, puis Laura et Karèle repartent vers leurs pénates. Moi, je vais me coucher, donc y'a plus rien à raconter.
Bilan: 3èmes, pas d'échiquier Medocain l'an prochain, mais sait-on jamais, peut-être qu'avec une équipe bordelaise en moins les groupes seront redistribués? On verra ça l'an prochain. Et on essaiera de prendre notre propre photo du podium parce que décidemment, la communication, c'est pas leur fort.




















